Mairie de Mastaing

Cela fait déjà dix ans qu'il fait de la gravure. Formé à l'école des arts plastiques de Denain, il a élaboré son univers, aime échanger ses oeuvres, rencontrer des artistes comme lui. Après deux ans comme assistant graveur aux Beaux-Arts de Valenciennes, Rémy Pouille préfère aujourd'hui travailler dans son coin. Portrait d'un artiste tout simple, qui creuse tout seul son sillon et ses plaques de cuivre.
PAR ANNE-GAËLLE BESSE
denain@lavoixdunord.fr
Pour voir son travail, il y a les expositions du GAD (Groupement des artistes denaisiens) et son profil facebook. Rémy Pouille ne vend rien : « J'ai du mal à évaluer mes gravures, à leur donner un prix. Je demande à mon professeur, mais en général, je préfère faire des échanges.
» Formé par l'école des arts plastiques de Denain, ce fraiseur dans le civil ne se la joue pas. Une sorte de Douanier Rousseau mastaingois, qui créerait pour son plaisir, comme d'autres aiment bricoler ou pêcher. C'est sans doute cette modestie qui donne de la force à ses gravures, empreintes d'un univers intérieur dont on ne soupçonnerait pas la richesse en le voyant, avec sa bouille ronde et son accent ch'ti. « J'ai trouvé ma voie, je suis content, explique-t-il. Certains sont à l'école d'arts plastiques depuis vingt ans et ne l'ont toujours pas trouvée.
» Pourtant, ce n'a pas été un chemin tout tracé. « Je fréquente l'école d'arts plastiques de Denain depuis onze ans. » Dessin, sérigraphie, puis l'aérographie (peinture au pistolet). Des reproductions colorées très fidèles à la réalité d'où émerge un portrait de David Bowie lunaire, les yeux immenses, encadré dans la salle à manger familiale. « J'ai touché à tout, y compris à la sculpture, mais depuis quelque temps je ne fais que de la gravure, car c'est la seule manière pour moi de m'exprimer. » Il maîtrise les sept techniques de gravure, c'est même ce qui lui a valu d'être embauché en CDD pour deux ans aux Beaux-Arts de Valenciennes comme assistant graveur, fort de sa seule formation denaisienne. Mais cette période où il a pu vivre de ses talents de graveur lui a laissé un goût amer. « Pendant les six mois qui ont suivi, il ne fallait pas me parler de gravure. Être dans un atelier avec des élèves ne me convenait pas vraiment, je préfère travailler seul. » Il ressent le besoin de faire un break et part à Lyon. « Je suis allé à la basilique. C'était comme un pèlerinage pour moi, qui suis très croyant. » De là, tout s'est enchaîné. « Mon art est un peu religieux, un peu surréaliste. » Comme dans Les moines de l'enfer , qui représente les Rois Mages. Une scène d'enfer et beaucoup de vide, pour susciter des questions chez le spectateur. « Je sais que la richesse de mes gravures, c'est ce vide. »
Après un passage à l'usine Peugeot, il cherche du travail. Comme graveur, il rêve d'une expo composée uniquement de ses oeuvres. Et d'avoir son atelier. Pour l'instant, il a trouvé l'équilibre entre créer chez lui et à l'école d'arts plastiques de Denain. « Chez moi, j'ai le matériel de base : le vernis, le sirop, le sucre, le souffre. Le bac d'acide se trouve à l'école, qui fournit aussi les plaques de cuivre. Je travaille sur de grands formats, alors je récupère beaucoup. » Chacune de ses gravures est tirée sur papier à 20 exemplaires, à l'école. Laquelle présentera bientôt son livre annuel, sur le thème du bestiaire, où figure une gravure de Rémy Pouille. Un autoportrait en forme de sortie de chrysalide.
Comme pour signifier qu'à 25 ans, il a déjà trouvé sa voie. •